Avant la réception de Sochaux, et ses deux buts inscrits, Aruna Dindane n’avait plus marqué en championnat depuis le 8 décembre 2007, pour la venue du Mans à Bollaert (1-3). L’attaquant ivoirien revient sur cette traversée du désert et cette confiance qui ne l’a jamais vraiment quitté...
Aruna, en inscrivant ce doublé face à Sochaux, tu as signé ton retour, confirmé par une nouvelle réalisation au Mans. Tu sembles être sorti de la période difficile consécutive à ton retour du Ghana où tu as disputé la Coupe d’Afrique des Nations. Avec le recul, comment as-tu vécu ces trois derniers mois ?
Depuis mon retour de la CAN, rien n’a été facile. Je sors effectivement d’une période difficile à vivre. J’ai laissé beaucoup de forces pendant cette compétition, tant physiquement que mentalement. Avec la sélection nationale, nous avons effectué une grosse préparation physique puisque nous étions favoris de la compétition. Toute l’équipe s’était mise en tête de remporter la CAN mais à la clé, ce fut une énorme déception. Je ne vous cache pas que cet échec fut dur à digérer, d’autant que physiquement j’ai laissé beaucoup là-bas, avec la chaleur notamment. D’un côté, j’étais très content d’être de retour à Lens puisque je retrouvais mes potes qui avaient fait de belles performances pendant le mois de janvier, mais de l’autre, j’ai accusé le coup physiquement. Quand tu quittes une région du monde où il fait 30°C et que tu arrives en France en plein hiver, tu y laisses des plumes. En ce qui me concerne, cela m’a fait très mal.
C’est ce qu’on appel un vrai coup de fatigue, physique et moral ?
C’est clair, c’est tout à fait cela ! Il m’a d’abord fallu trois semaines pour récupérer, mais je n’ai rien voulu montrer, ni me plaindre. Je n’ai rien dit à personne parce que j’avais à cœur de me mettre à disposition de l’équipe.
Tu as marqué ton vrai retour à Lorient. On a retrouvé un « Aruna » incisif qui n’a manqué que de réussite.
Oui. Quand j’y repense, cela n’a vraiment pas été facile. Je sentais bien que cela allait moins bien, et très vite les critiques se sont abattues sur moi. Je l’accepte, c’est normal. On attendait beaucoup de moi, et je n’ai pas su répondre immédiatement présent. Je n’ai pas pu être tout de suite à la hauteur de ce qu’on attendait de moi. Les avis changent tellement vite. Tout d’un coup, tu n’es plus bon à rien, tu joues mal, comme si on avait fait table rase du passé, même proche. Si un joueur doit être préparé à ce type de jugement, tu ne peux pas rester insensible et faire comme si de rien était. Ça te rentre dans la tête et malgré toutes les précautions, tu ne peux pas te boucher les oreilles ! Lorsqu’il y a un article de presse négatif, lorsqu’on parle de toi en mal, ou quand tu te fais siffler, tu comprends vite ce que l’on pense de toi et de tes prestations. Pourtant, j’étais préparé à ce type de situation, sachant parfaitement à quoi m’attendre, tout en ayant à l’esprit qu’il ne s’agissait que d’un passage… un coup de moins bien. Je n’ai pas changé et je ne changerai jamais. J’en suis incapable. Sur le terrain, j’ai mon jeu et mon style. C’est ce qui m’a amené à Lens, et je ne vois pas pourquoi je devrais changer. Je connais mes qualités et même dans les moments difficiles, je vais toujours m’appuyer dessus...
Pour revenir sur mon départ à la CAN, lorsque j’ai appris que Toifilou Maoulida et Loïc Rémy arrivaient à Lens, j’étais très content. Je me suis dit « voilà des joueurs qui connaissent bien le championnat et qui n’auront aucun souci d’acclimatation pour apporter rapidement à l’équipe ». Or, les faits et les résultats ont prouvé qu’ils étaient largement à la hauteur. Ils ont été très bons. Mais ensuite, nous sommes retombés dans nos travers, et c’est devenu à nouveau compliqué.
Pour revenir sur ta sortie de période difficile, je voulais que tu me parles de ton émotion, de ton sentiment lorsque tu as marqué ce doublé face à Sochaux. On t’a vu profondément touché, voire mystique après chaque réalisation.
Je suis croyant et je prie beaucoup. Pendant la période difficile que j’ai traversée, je me suis toujours dit « Dieu éprouve toujours ses enfants. Dieu t’impose toujours des épreuves pour voir si tu crois vraiment en lui ». J’ai donc traversé un temps d’épreuves et j’ai continué de croire en Dieu. J’ai eu bien raison de ne pas trop douter malgré les critiques. Pendant cette période je me suis essentiellement appuyé sur ma famille et sur Dieu. Ce qui ne rentrait pas à Lorient, bascule aujourd’hui d’un rien dans le bon sens. J’y vois un signe.
Dieu et ton expérience de joueur ! J’imagine que ce n’est pas la première fois de ta carrière que tu vis ce type de situation ?
Cela fait sept ou huit ans que je suis professionnel, et j’ai régulièrement vécu des moments de doute. Au final, cela ne peut que te renforcer et te rendre plus performant. Mon expérience m’a permis de me forger une carapace et les critiques arrivent, tapent et rebondissent. Il ne faut surtout pas l’interpréter comme de la suffisance ou de la prétention mais, aujourd’hui, j’ai une juste dose de confiance en moi qui me permet de ne pas m’enfermer dans le doute. Le piège serait d’essayer de jouer contre nature pour forcer la sortie de crise.
A titre personnel, tu t’es donc sorti d’une zone délicate. Le club n’a qu’à suivre ton exemple.
Nous n’allons pas nous voiler la face, c’est vraiment une saison difficile. Ce qui nous a fait très mal, ce sont les matches où nous avons encaissé un but en toute fin de rencontre. A l’image de la finale de la coupe de la Ligue au stade de France. Metz, Marseille, Caen, Toulouse, ont été autant de coups durs. Sans être fataliste, il faut bien que cela t’arrive un jour ou l’autre. Une saison ou l’autre. C’est clair que cela va être difficile jusqu’au bout, mais il est hors de question de baisser les bras ! Même un seul !...
Lorsque je quitte la maison pour l’entraînement, je suis toujours heureux de venir. Malgré la situation, je ressens toujours cette joie lorsque j’arrive à la Gaillette. A aucun moment, je n’ai pensé que nous pouvions descendre. Je n’ai aucun doute là-dessus. Nous, les joueurs, allons tout faire pour assurer le maintien. Je sais que c’est difficile pour les supporters, mais il faut qu’ils y croient, maintenant plus que jamais !
Aruna, tu fais partie des anciens du Racing. Le joueur cadre que tu es, a-t-il pris la parole dans le vestiaire récemment ?
Je suis de ceux qui prouvent par les actes plutôt que par la parole. Je veux dire par là que je ne suis pas un grand orateur. Je préfère m’exprimer sur le terrain, et mes actes parlent pour moi. Je m’attache principalement à être irréprochable dans mon travail plutôt que de me lancer dans un exercice où je n’excelle pas. Si je suis un leader, et que j’assume pleinement mes responsabilités, c’est plutôt sur le terrain. Je veux avant tout être l’exemple à suivre en match et à l’entraînement. Seydou (Keita) avait cette force et cette qualité d’orateur et de leader de vestiaire. Moi pas. En plus, pour un attaquant, c’est difficile de prendre la parole. C’est un poste très exigeant qui suscite beaucoup d’attentes. Un attaquant est déjà très exposé et, selon moi, ça n’est pas à lui de prendre la parole dans le groupe. Cela n’engage que moi, mais c’est ma façon de voir les choses.
Penses-tu que la course au maintien, pour l’ensemble des équipes concernées, se jouera sur d’autres paramètres que le jeu à proprement parlé ?
C’est clair qu’à ce stade, cela ne se jouera plus seulement sur le football pratiqué. Le résultat de nos trois derniers matches va reposer sur notre capacité à faire preuve d’une très grosse solidarité. Tout va se jouer dans la tête ! C’est la première fois de ma carrière que je joue le maintien et c’est un exercice particulièrement difficile. Mais j’ai confiance ! (sourire) Et pour un attaquant, c’est très important…
En tout cas, il est hors de question qu’on revive une saison pareille. J’ai la conviction que le groupe sortira plus fort de cette épreuve.