Au-delà du résultat sportif, face à Monaco, le Racing club de Lens a connu une nouvelle désillusion. Vitorino Hilton, mais surtout Aruna Dindane ont dû quitter le terrain prématurément, victime d’une entaille au cuir chevelu pour le premier, d’une rupture des ligaments croisés antérieurs pour le second. Jean-Marc Larborderie, médecin du club, revient sur ces deux cas et les retours de Loïc Rémy et Adama Coulibaly. Bulletin de santé…
Quelles sont les dernières nouvelles de Vitorino Hilton ?
Il a eu droit à 22 points de suture à la suite d’une coupure de 25 à 26 centimètres au niveau du cuir chevelu. Désormais, Il n’y a pas d’autre solution que d’attendre la cicatrisation en veillant à ce que la plaie ne s’infecte pas. Mais, à partir du moment où la blessure est propre et qu’il n’y a plus de saignement, il n’y a plus qu’à patienter afin que la peau cicatrise. Je ne sais pas encore dans quelle situation nous allons nous trouver pour le déplacement à Lille, médicalement parlant, mais le paramètre de l’appréhension est également à prendre en ligne de compte. Le poste et le jeu d’Hilton nécessitent qu’il joue souvent de la tête et cela risque d’être juste pour que la cicatrisation soit assurée. Il s’agit d’une grosse entaille, un véritable scalpe ! Nous allons donc suivre l’évolution de la blessure. J’attends de le voir, ce mardi, pour juger de son état psychologique. Je l’ai eu aujourd’hui au téléphone (dimanche) et il m’a dit que tout allait bien. Mais il était en famille, pas encore projeté dans le prochain match. C’est lorsqu’il sera dans cette perspective et ce contexte qu’il peut avoir quelques réticences.
Les images de saignement et de sa sortie du terrain étaient assez impressionnantes. Hilton n’a pas eu de vertige ou d’autres contrecoups ?
Non. Cette coupure du cuir chevelu a dû lui procurer une sensation de chaud et les saignements étaient effectivement impressionnants, mais c’est « normal » pour ce type de blessure. Théoriquement, on enlève les points de suture, au visage pour une entaille superficielle, au bout de cinq jours. Mais pour le cas particulier d’Hilton, cela peut prendre un peu plus de temps.
Le port d’un casque est-il envisageable ?
Théoriquement oui. C’est médicalement imaginable, mais je ne suis pas certain qu’Hilton l’accepte. Autant, pour un gardien de but, cette solution est envisageable, autant un joueur de champ a besoin de toutes ses sensations de toucher. Surtout pour un arrière central. Bref ! Entre la crainte possible d’une réouverture de la plaie et l’impossibilité de porter un casque, il n’y a pas de solution miracle. Nous en saurons plus, dès mardi, en constatant déjà la progression de la cicatrisation et l’état psychologique d’Hilton. Ça se jouera sur et dans la tête !
Dans le jeu, Hilton a été remplacé par Adama Coulibaly que l’on savait, lui aussi, blessé. Quel a été son débriefing d’après-match ? Comment va-t-il ?
Il va bien. Aucun problème à signaler du côté d’Adama à l’issue du match. Pour la petite histoire, nous avons eu le nez creux sur cette affaire ! Puisque vendredi, nous l’avons incité à aller s’entraîner avec le groupe alors qu’Adama hésitait encore. Mais nous savions que cela se jouait essentiellement dans la tête. Or le dernier entraînement de la semaine est théoriquement le plus léger, une journée idéale pour une reprise. Et bien nous en a pris, puisqu’Adama a pu aborder sa rentrée sur le terrain sans appréhension, sûr de sa capacité à jouer. Heureusement pour l’équipe !
Quoi qu’il arrive, le week-end prochain, nous aurons donc une défense axiale composée de spécialistes en la personne d’Adama Coulibaly et Milan Bisevac, même si Hilton reste indisponible. C’est plutôt rassurant.
Absolument. Même si Hilton n’est pas là, on peut être confiant pour samedi prochain.
On en vient à la blessure la plus grave, celle d’Aruna Dindane. Quel est le diagnostic définitif ?
Il s’agit d’une rupture des ligaments croisés antérieurs du genou gauche. Sur un duel épaule contre épaule, Aruna est bousculé de droite à gauche et au moment de poser son pied, le genou rentre à l’intérieur. Son tibia pivote, tandis que son pied est fixé au sol. C’est à ce moment là que le ligament s’est mis en tension extrême et qu’il a lâché. C’est exactement le même mécanisme que le ski lorsque le genou rentre à l’intérieur alors que le pied est coincé dans la chaussure. Le diagnostic pour Aruna est clinique avec les tests classiques dits « tiroir ». Il n’y a donc pas d’autres solutions, pour Aruna, que de se faire opérer. C’est un ligament trop important, nécessaire à la stabilité du genou. Il va subir une IRM pour, à la fois confirmer le diagnostic clinique, et pour identifier l’endroit exact de la rupture.
Sous quel délai, Aruna doit-il être opéré ?
Il reste, avec nous, en observation pendant une semaine. La suite classique d’une rupture des ligaments du genou, c’est une inflammation. Ce qui était le cas d’Aruna, ce matin (dimanche). Or l’opération est impossible dans ces circonstances, sous peine de perte d’amplitude de l’articulation concernée. On se laisse donc une semaine pour vérifier que son genou dégonfle normalement. Aruna ira voir le chirurgien, à Marseille, mardi prochain.
Ensuite, ce sera six mois de rééducation ?
Le terme classique est fixé à six mois. Mais Aruna est un joueur très musclé. C’est un énorme avantage. La récupération en sera d’autant plus « facile », à la condition qu’il ne perde pas trop de muscle. Pour autant, il faudra rester prudent. Il faut compter six à sept mois pour qu’Aruna retrouve le chemin des terrains.
Aruna, de part sa morphologie, dispose donc d’un avantage ?
Absolument. D’autant que j’avais déjà remarqué qu’à l’occasion d’une précédente opération du tibia, il avait très peu dé-musclé. C’est un temps de renforcement musculaire gagné. Perdre du muscle, c’est rapide. En gagner, c’est beaucoup plus long. Toutefois, pour ce type de blessure, il faut compter quatre mois incompressibles post-opératoires. L’opération consiste à remplacer le ligament rompu, soit à l’aide du tendon rotulien (KJ), soit à l’aide des tendons latéraux (DIDT) dits pate d’oie.
Lorsqu’il a réalisé la gravité de la blessure, comment allait Aruna sur le plan mental ?
Il revenait bien. Il était logiquement très affecté. Il y a le mythe du croisé antérieur chez le footballeur. Le monde du football est petit et ils se connaissent tous. Chacun à un ami qui a subi ce type de blessure. Et c’est quasiment la pathologie qui nécessite le plus de temps d’arrêt. C’est pratiquement lui qui nous a fait le premier diagnostic, avant même que je ne le fasse. Il était vraiment perdu. Il a longtemps cherché une raison en culpabilisant sur son geste technique. Pour Aruna, c’était mentalement très dur. Il a refait une bonne centaine de fois l’action dans sa tête. C’est évidemment très dur à admettre. Désormais, il faut absolument qu’il s’accroche et qu’il se reprenne psychologiquement. Il va avoir besoin de soutien et nous serons évidemment là pour lui. Je suis certain qu’il reviendra encore plus fort.
Quand on dit que les sportifs de haut niveau se blessent rarement par hasard. Qu’est-ce-que cela t’inspire dans le cas d’Aruna Dindane ?
C’est exact. Ils ne se blessent jamais par hasard. Il y a toujours une raison. Dans le cas précis d’Aruna, il va falloir creuser car il est très important qu’on le sache. Ce paramètre est essentiel dans le cadre de sa guérison. Ça a été le cas pour Loïc Rémy. On a beaucoup parlé et écouté. Nous sommes le staff médical du corps et de la tête. C’est ce que j’appelle le management médical. Parfois, si le corps est opérationnel, l’esprit ne l’est pas. C’est pour cela que l’on parle souvent de bulle autour du sportif de haut niveau. Il faut énormément dialoguer pour instaurer un climat de confiance mutuelle. Ensuite, on se fixe ensemble des objectifs à court, moyen et plus long terme. Cela passe par des repères et des dates clé. Il faut agir vite et au plus prêt du joueur pour éviter qu’il ne se perde. Cerner l’état d’esprit du joueur, sur le moment, permet aussi d’identifier son « mental de compétiteur ». Faut-il lui mettre plus de pression ou au contraire le rassurer ? L’idéal étant d’anticiper. C’est toute la complexité de la tâche d’un staff technique, mais en même temps, c’est ce qui rend les choses passionnantes. Finalement, il faut trouver les bons mots, pour positiver le joueur à travers le discours.
Pour finir, un mot sur l’état de santé de Loïc Rémy ?
Il a pu se tester en match. Désormais, il faut qu’il joue. J’ai discuté avec lui à la mi-temps et à la fin du match, et tout va bien.